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L'europe après la pluie

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Filmer des choses quotidiennes dans un contexte à la fois très politique et très médiatisé tu penses que ça a un sens ?

Cela redonne une humanité. Tous ces lieux sont des lieux qu'on ne connaît qu'à travers les médias et grâce à quelques films qui établissent un rapport juste, qui permettent d'en ressentir quelque chose, de nourrir une expérience sensible et intellectuelle. J'ai besoin de passer par une expérience du temps et de l'espace essentielle au cinéma, que ce soit l'attente et le vide de Sangatte ou le rapport particulier au temps et à l'espace en Palestine. Les Palestiniens sont enfermés, ils attendent que la situation change. Il y a un rapport à l'espace particulier parce que ce sont des territoires occupés. Il y a une occupation spatiale et temporelle très forte donc une occupation mentale qui enferme l'imaginaire. Filmer les gens dans leur vie quotidienne, nous fait sentir qu'ils sont comme nous, ils ne sont pas uniquement derrière un écran, dans la souffrance, comme des objets ou des figures de l'oppression. Peut-être qu'à partir de là, on peut se sentir touché et concerné pour ensuite réfléchir à ce que l'on peut faire. Il y a beaucoup d'inaction parce que nous sommes dans des schémas préétablis et que nous n'avons pas d'expérience.

En France, tu vas vers l'abstrait, alors qu'en Palestine on voit quelque chose d'entier, sans discours. Pourquoi ne pas avoir traité la France de la même manière que la Palestine ?

Pourtant il se passe quelque chose de plein en France, mais je voulais que les images soient nourries par l'absence. Il y a peut-être un rapport inversé : l'impasse est peut-être plus chez nous que chez eux. Quel rapport avons-nous aux autres ici ? à la vie ? à l'étranger ? Ne sommes-nous pas dans l'impasse ? Il me semble important d'inverser les rapports. Là-bas il y a aussi de la vie et ici il y a énormément d'horreurs. Sans aller dans un rapport d'analyse ou un discours directement politique, je me demande si on peut créer un rapport plus sensible à ces situations. Il faut prendre les choses à l'envers, pour les regarder de manière globale. Ces gens partent de chez eux, mais ils préfèreraient rester là-bas si la situation était meilleure. Si on ne se confronte pas aux problèmes de manière globale, on ne traite que l'après, on construit des murs ou des camps. Et ça vaut aussi pour les banlieues en France.