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L'europe après la pluie

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Pourquoi n'as-tu pas gardé ces témoignages ?

En regardant ce premier montage, j'ai décidé de ne pas mettre les voix. Je ne voulais pas trop préciser les choses. Je voulais laisser du vide, pour rester sur le sentiment d'un manque. Je me disais que ces lieux vides devaient porter la trace du passage de ceux qui avaient dormi là, sur la plage ou dans les champs, que cette absence parlerait de ce qui s'est passé là-bas. Peut-être aussi voulais-je donner au film un sens plus universel, ces paysages, qu'ils soient de Palestine ou de Sangatte pouvaient peut-être parler d'autres situations ou d'autres lieux de passage.

L'absence de commentaire est-elle un risque par rapport au sens du film ?

Le film est parti d'une réalité et d'une expérience vécue pour devenir au final plus abstrait. Le choix de ne pas mettre les voix m'a amené à un usage plus radical des moyens cinématographiques. Le spectateur est mis dans une situation d'attente, face à un vide qui fait écho à la situation que ces gens vivaient là-bas. Ils passaient leurs journées à ne rien faire, à errer dans ces lieux sans savoir où ils étaient, ni pourquoi ils étaient là, qui, dans leur tête, étaient soit chez eux, soit à l'endroit où il avait envie d'aller. Sangatte n'était qu'un lieu de passage et pourtant certains y sont resté un an. Ce lieu n'était pas fait pour être habité par eux, c'était une sorte d'entre-deux. Cette situation est passée dans la forme du film qui est pour moi tentative d'approche du cinéma plus radicale que le premier film.

À travers la trajectoire du film as-tu cherché à adopter le point de vue d'un réfugié ?

La forme du film correspond à mon point de vue. Le point de départ est proche de l'expérience de ces gens, puisque je suis leur trajet, mais pour moi ce film est plutôt une sorte de voyage fantomatique. Dans un petit texte que j'ai écrit, je présente le film comme un tombeau qui recueille la présence des gens qui ont été là à un moment, de ceux qui sont morts dans la traversée, en mer ou dans le tunnel sous la manche. Le film se situe entre le point de vue d'une personne qui aurait fait ce trajet, de l'ensemble des personnes qui sont passées par là, de ceux qui ont pu faire ce genre de trajet ailleurs ou à différents moments de l'histoire, et ma propre expérience par rapport à ces lieux.